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Christine Meyer

Vous est-il déjà arrivé de cliquer sur une page Wikipédia et de la trouver si intéressante que vous en lisez chaque mot, puis vous plongez dans les références qu’elle cite ? Prenez par exemple l’article “History of Sesame Street sur la version anglophone : celui-ci décrit comment la célèbre émission pour enfants américaine a évolué au cours de ses cinquante ans d’existence et comporte des anecdotes très vivantes sur les premières années du programme.

Le mérite en revient largement à Christine Meyer, mieux connue sur Wikipédia sous le pseudonyme FigureSkatingFan. Meyer a contribué à de nombreux articles autour de Sesame Street, qu’il s’agisse de la page principale ou d’articles sur les coproductions internationales ou encore sur la recherche au sein de l’émission.

Meyer contribue à Wikipédia depuis dix ans. Elle y a réalisé plus de 27 000 modifications et a participé à la rédaction de 23 articles et listes de qualité – c’est à dire labellisés par la communauté –, ainsi qu’à deux thèmes de qualité. Ses centres d’intérêt vont des émissions pour enfants à la poétesse, mémorialiste et militante des droits civiques Maya Angelou, en passant par la GA Cup, un concours de « bons articles » – un autre label.

De relectrice à contributrice

La première modification de Meyer sur Wikipédia remonte au 3 février 2007. « J’ai vu le slogan sur la page d’accueil, “l’encyclopédie libre que chacun peut améliorer”, et je l’ai pris au pied de la lettre, raconte-t-elle. J’ai cliqué sur le lien et ai créé un compte, parce que j’ai tendance à faire ce qu’on me dit. »

Au début, Meyer s’est bornée à corriger les coquilles. Puis elle s’est mise à vérifier les sources avant de s’atteler à des contributions plus substantielles : faire des recherches, rédiger et collaborer avec les autres. « Je me suis rendu compte que j’appréciais beaucoup la dimension collaborative de Wikipédia, en tout cas dans des contextes non conflictuels, » explique-t-elle.

Tous les chemins mènent à Sesame Street

Comme de nombreux contributeurs et contributrices, Meyer a d’abord écrit sur ce qu’elle connaissait. Fan de longue date des Muppets, elle a commencé à regarder l’émission dès 1969. « Comme mes enfants présentent des troubles du développement sévères, nous la regardions tous les jours, raconte Meyer. Je suis naturellement devenue une experte des émissions pour enfants, qui sont aujourd’hui ma niche sur Wikipédia. »

Mes autres articles concernent les Wiggles, un groupe pour enfants que je connais par cœur, l’émission Le Jeu de Bleue (encore un article de qualité) et Sesame Street. On a davantage écrit sur cette dernière, les recherches étaient donc faciles à faire. En travaillant sur la page « Sesame Street », je me suis rendu compte que j’avais suffisamment de matière pour un article sur l’histoire du programme, donc je l’ai créé et enrichi. Je me suis constitué une bibliothèque sur les émissions pour enfants de taille respectable. C’était sympa et stimulant d’en apprendre plus sur Sesame Street ! L’un de mes articles préférés sur ce sujet est celui sur ses coproductions internationales, parce qu’il décrit quelques-unes des actions de sensibilisation du Sesame Workshop, qui sont formidables.

Le premier article de qualité que Meyer a rédigé est celui sur les Wiggles, auquel elle s’est attelée parce que leur émission avait une grande influence sur la vie de ses enfants. Elle est ensuite passée au Jeu de Bleue – « qui reste à jamais le programme préféré de mon fils » –, qui a fait l’objet de nombreuses recherches. Parmi ses sources, on trouve l’ouvrage de Malcolm Gladwell Le Point de bascule, dont quelques chapitres évoquent Le Jeu de Bleue et Sesame Street. C’est ce qui l’a conduite à travailler sur cette émission. « Je dis toujours “toutes les routes mènent à Sesame Street”. C’est comme ça que je trouve mes articles : je flâne et si quelque chose m’intéresse, je m’y arrête. »

Commémorer une écrivaine prolifique et une personnalité remarquable

Meyer a toujours éprouvé de l’admiration pour Maya Angelou, en particulier après avoir lu sa première autobiographie, Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage, au lycée. « Je suis tombée sur la page de L’Oiseau en cage et ai été choquée par sa médiocrité, se souvient Meyer. Je suis ensuite allée voir l’article sur l’auteure et suis restée consternée qu’une écrivaine et une figure aussi importante ne dispose que d’articles aussi faibles à son sujet. » C’est par ailleurs à cette époque que Meyer a découvert l’existence du fossé femmes-hommes sur Wikipédia. « Comme d’autres wikipédiennes, j’ai décidé de faire bouger les choses, et c’est comme ça que je suis devenue une contributrice engagée ».

Meyer a réécrit l’article sur L’Oiseau en cage avec l’aide de Moni3, Scartol (professeur d’anglais au lycée) et feu Adrianne Wadewitz pour les recherches et la rédaction. Elle a compulsé tout ce qu’elle a pu sur l’œuvre d’Angelou. Elle a lu les six autobiographies de l’écrivaine, puis a écrit des articles sur chacune d’entre elles et les a tous fait labelliser à force de les enrichir.

« Faire [de Maya Angelou] un thème de qualité est devenu un objectif personnel, que j’ai été très fière d’atteindre à la mi-mai 2014 », explique Meyer. Moins de deux semaines plus tard, Angelou décédait à l’âge de 86 ans. Sa biographie et l’article sur L’Oiseau en cage ont été lus par près d’un million de personnes cette semaine-là.

« Le monde se tourne vers Wikipédia lorsque les gens meurent et je suis fière d’avoir contribué à ce qu’on dispose d’informations sur elles qui soient de qualité, bien écrites et reposant sur des recherches, dit Meyer. Mon seul regret est de n’avoir jamais pu la rencontrer. »

Conseils aux nouveaux contributeurs

« Les contributeurs sérieux doivent apprendre le wikicode, c’est incontournable », affirme Meyer. Elle avoue qu’elle n’est elle-même pas particulièrement douée avec la technique, mais elle s’y est mise jusqu’à en comprendre le fonctionnement.

« J’utilise l’éditeur visuel, qui est un bon outil, mais a ses limites. J’aime bien les modèles de références, citer ses sources à la main pouvant être fastidieux. »

Mais pour elle, le meilleur outil de Wikipédia, c’est les autres contributeurs. Meyer pense que la plupart d’entre eux sont tout prêts à vous apporter leur aide si vous le leur demandez. « La collaboration est souvent le meilleur aspect de Wikipédia, comme je le disais, donc on trouve toujours quelqu’un pour vous donner un coup de main », ajoute-t-elle.

Chercher, écrire et collaborer pour apprendre

Ce que Meyer préfère dans la contribution à Wikipédia, c’est qu’elle apprend toujours quelque chose lorsqu’elle fait des recherches et rédige des articles.

Le plus drôle, c’est de trouver une page dont on se dit qu’elle ne pourra jamais devenir un article de qualité et se rendre compte, après quelques recherches, qu’en fait, si. Un exemple pour moi a été l’article sur la Stanford Memorial Church. Je n’ai personnellement pas fréquenté cette église (mais ma sœur si, pendant ses études), mais le sujet m’a happée. Son développement est un merveilleux exemple de coopération. En plus, j’ai beaucoup appris sur l’art, l’architecture et les orgues. L’un des moments forts de ma vie ces dernières années a été quand j’ai visité l’église à l’été 2014, une vraie expérience spirituelle.

Meyer explique qu’une certaine dimension du projet, qu’elle-même affectionne, peut être une pierre d’achoppement pour certains contributeurs : la nature collaborative de la contribution. « Quand cela fonctionne, c’est formidable, mais quand cela tourne à la dispute ou à la polémique, cela peut devenir douloureux. J’ai eu de la chance : bien que je ne me cache pas d’être une femme, j’ai rarement subi du sexisme manifeste. Cependant, j’ai vu d’autres contributrices en souffrir, donc je sais que cela arrive. Je m’intéresse généralement des sujets peu controversés, je n’ai donc guère attiré l’attention des trolls. »

Meyer est particulièrement fière de son implication dans la GA Cup, un concours de contributions sur Wikipédia qui porte uniquement sur les articles labellisés « Good Articles ». L’objectif de cette compétition est d’inciter à la critique de haute qualité, de promouvoir les bons articles et de réduire la longue file d’attente pour la labellisation. « Je considère que grâce à la GA Cup, j’ai participé à l’amélioration de centaines d’articles, ce qui est plus efficace que ma contribution directe à quelques articles, dit-elle. Les deux volets sont importants, mais je suis fière de ce que nous avons apporté. »

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